Roaming : le coût de la panne !

Publié le par Nicolas Pougnet

Selon le Financial Times, les opérateurs mobiles européens réagiraient en ordre dispersé mais généralement peu favorablement à la volonté de Bruxelles de légiférer sur les tarifs de l'itinérance, ou roaming. Les analystes estiment que le roaming représente 10 à 15 % des profits des opérateurs mobiles. (Source journal du net 22/03/06).

La plupart d’entre vous ont déjà du s’étrangler devant leur facture téléphonique suite à des vacances passées à l’étranger, et durant lesquelles ils avaient passé quelques coups de fil.

En effet, le coup moyen d’une communication en Europe est de 1 €/min et jusqu’à 2,5 €/min dans une destination exotique, avec des paliers de facturation de 30 secondes minimum contrairement à la facturation à la seconde appliquée sur notre sol. Soit une tarification hors forfait 4 à 10 fois plus chère qu’une communication nationale.

 Et encore, les opérateurs ont lissé leurs tarifs en créant des tarifications par zone car le coût réel d’une minute en Ouzbekistan peut dépasser les 10 euros.

 Ces tarifs prohibitifs sont les reliques d'accords passés entre opérateurs lorsque le mobile était encore peu développé, et qui s’expliquaient, à l’époque, par les moyens mis en œuvre dans les interconnexions entre opérateurs et les coûts d’investissement des réseaux.

 Mais, la démocratisation du mobile ainsi que la baisse des tarifs nationaux depuis 10 ans n’ont pas eu d’impacts sur les tarifs en roaming. Ainsi, le roaming est devenu la vache à lait des opérateurs mobiles avec une marge brute supérieure à 80% pour le trafic entrant (on parle bien du client allemand ou hollandais qui vient remplir les poches d’Orange, SFR et Bouygues pendant l’été).

 Pourquoi ? Plusieurs facteurs l’expliquent :

 1)      Peu d’élasticité d’usage par rapport au prix, car les revenus proviennent  essentiellement de clients business qui sont près à payer pour bénéficier de ce service, ou bien de voyageurs occasionnels qui acceptent de payer cher de manière exceptionnelle (c’est les vacances !)

 2)      Un problème de régulation dans un contexte international où les régulateurs nationaux (comme l’Arcep en France) ont peu de moyens pour faire baisser les tarifs des opérateurs des autres pays.

 3)      Une manne financière automatique pour les opérateurs car ne demandant aucun effort en terme de communication, d’acquisition et de fidélisation.

 4)      Pas un critère différenciant dans la conquête des parts de marché des opérateurs nationaux.

 5)      Un manque global d’information du public sur le coût réel des appels internationaux.

 Mais les temps changent et des groupes comme Orange et Vodafone présents sur toute l’Europe appliquent désormais des stratégies tarifaires sur des réseaux « amis », par le biais d’alliances. Cela leur permet de baisser leurs tarifs, d’une part pour anticiper les probables injonctions de Bruxelles, d’autre part, pour retirer le pain de la bouche de leurs concurrents élevant désormais la bataille au niveau international.

 Enfin, le transport de la voix en IP (et notamment le succès de Skype) a également diminué le coût d’acheminement des appels entre 2 pays, ce qui est un argument supplémentaire à la baisse globale des tarifs.

 Bref,  le roaming est peut être la dernière anomalie dans le monde de la tarification mobile, et qui ne devrait plus très longtemps subsister : la fin d’une époque pour les opérateurs...

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