TV sur mobile : la grande hypocrisie

Publié le par Nicolas Pougnet

Réunis à Bercy, opérateurs, groupes audiovisuels, prestataires et pouvoirs publics ont fait le point sur les expérimentations en cours et les problèmes à résoudre. Il reste encore du chemin à parcourir avant les premiers lancements commerciaux, et la France risque de prendre du retard.   (Source Journal du Net 06/03/2006 http://www.journaldunet.com/0603/060306-tvmobile.shtml)

Pour résumer, la technologie DVB-H est une déclinaison de la technologie Digital Video Broadcasting qui permet une diffusion broadcast de la télévision sur des appareils mobiles.

En novembre 2004,  un forum lancé par Patrick Devedjian, a inauguré des expérimentations dont les résultats sont très positifs en terme d’utilisation et de qualité de service. Techniquement, il reste essentiellement des questions de couverture et de gestion des fréquences radio déjà occupées par les nombreux réseaux civils et militaires. De nombreux constructeurs (Philipps, LG, Sony Ericsson…) ont annoncé le lancement de terminaux compatibles et des pays comme la Corée , le Japon ou l’Italie commercialisent déjà des offres.

Mais au-delà des questions juridiques et d’attribution des fréquences, il reste surtout le modèle économique qui taraude énormément les opérateurs mobiles.

Ceux-ci ont beaucoup investi dans des réseaux UMTS et Edge avec comme principale motivation le transport de la vidéo. Il apparaît de plus en plus que la visioconférence ne sera pas le succès annoncé.

Or, la télévision via DVB-H nécessite la construction d’un nouveau réseau de diffusion hertzien qui viendra directement concurrencer les réseaux 3G. Nul doute, qu’un opérateur comme Orange qui prône depuis toujours la complémentarité des réseaux (UMTS/ Edge/ WiFi/ FTTH/ Wimax etc…) se positionnera comme un acteur incontrôlable de cette nouvelle technologie, mais il manque aujourd’hui à l’opérateur historique l’appui d’un grand groupe multimédia comme TF1 avec Bouygues Telecom.

Pour cette raison, sa position dans la chaîne de valeur est moindre, puisqu’une diffusion broadcast, par définition, ne peut être taxée à la durée ou au volume contrairement à la 3G, mais financée essentiellement par le contenu publicitaire et le coût d’abonnement maîtrisés par les groupes télévisuels (TF1, Canal +…).

Voilà pourquoi, les opérateurs mobiles (excepté Bouygues pour les raisons évoquées ci-dessus) souhaitent prolonger l’expérimentation afin de gagner du temps pour mieux peaufiner leur stratégie économique. Et les enjeux sont colossaux face à un marché qui devrait compter 50 millions d'utilisateurs à l'horizon 2009, pour un chiffre d'affaires estimé à 6,1 milliards USD (selon Strategy Analytics).

On a longtemps accusé les constructeurs automobiles et les groupes pétroliers d’exercer un lobbying pour maintenir les énergies fossiles au détriment des énergies propres et renouvelables pour des raisons purement économiques.

Même si le parallèle est osé, on peut douter de la volonté des opérateurs mobiles de promouvoir une meilleure technologie pour le client, mais qui remet en cause les modèles économiques actuels de la 3G.

Le rôle du gouvernement en matière de législation et de régulation est donc essentiel pour catalyser les énergies dans le bon sens, à savoir celui du progrès et de la démocratisation des technologies.

Il est vrai que le progès technologique est tellement rapide, qu’il se désolidarise des réalités économiques, juridiques et sociologiques (la législation d’Internet est un casse-tête).

Mais à trop vouloir temporiser, la menace technologique peut être réelle pour des oligopoles économiques confortablement installés. La déconvenue des grandes major de l’industrie du disque devant l’avènement du MP3 en est un exemple flagrant.

La TV sur mobile, c’est, en tout cas, la grande révolution audiovisuelle à venir.

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