E-mail, progrès ou asservissement?

Publié le par Nicolas Pougnet

  Une des grandes révolutions du travail en entreprise ces 10 dernières années, elle la généralisation de la messagerie électronique.

Lors de mes passages chez Renault et Casino en 1996, les principaux outils de communication à la disposition des employés étaient : le téléphone, le fax, les notes internes et la possibilité de partager des dossiers sous Windows NT.

Les messageries électroniques étaient peu développées et n’offraient pas les mêmes fonctionnalités qu’aujourd’hui.

Au-delà, d’un moyen supplémentaire de communiquer, l’e-mail est devenu un outil de productivité incroyable permettant de diffuser l’information à un nombre illimité d’utilisateurs partout dans le monde et en temps réel.

On le sait, l’information fait désormais partie du capital de l’entreprise, et sa valeur réside dans le fait qu’elle soit accessible par toutes les personnes qui en ont besoin dans leur travail.

Mais toute révolution s’accompagne par un changement des habitudes de chacun et une période d’apprentissage.

 

De la diffusion à la confusion

 L’e-mail a engendré une meilleure diffusion de l’information, mais également une plus grande profusion, et donc confusion. L’utilisateur dispose de moteurs de recherche lui permettant de trouver la bonne information sur le web. A l’inverse, l’e-mail utilise un mode intrusif en poussant une information pas toujours souhaitée par l’utilisateur.

  Combien d’entre nous découvrent dans leur boite des centaines d’e-mails à la retour de congés ou après une formation ? Combien de mails avez-vous reçus, mais qui ne vous concernaient pas ou de loin  (sans compter le spamming) ?

Beaucoup de personnes (moi le premier), confondent l’outil de communication avec un outil de conversation. Alors que le réflexe premier autrefois était de décrocher son téléphone, c’est désormais celui de cliquer sur « nouveau message ». Pourtant, on sait pertinemment que la communication verbale véhicule plus d’informations que l’écrit, et qu’une minute de conversation pourrait remplacer plusieurs e-mails. Mais la solution de facilité, et le rempart protecteur incarné par l’écran (1) l’emportent souvent dans un monde professionnel perçu comme stressant et agressif.

 L'ubiquité de l'information

 L’e-mail est également utilisé par certains comme un alibi : « tu n’es pas au courant, pourtant je t’ai envoyé un mail la semaine dernière », afin de se décharger, en mettant ainsi un peu plus de pression à l’employé déjà noyé sous un flot d’informations.

Heureusement, les entreprises conscientes de dérives (et soucieuses d’économiser la capacité de stockage sur leurs serveurs) mettent en place des guides d’usage du mail. D’un autre côté, ces dernières développent de plus en plus les solutions de messagerie en mobilité, rendant la dépendance encore plus forte.

Servir plutôt qu'asservir

 J’ai volontairement mis l’accent sur les aspects négatifs du mail, et notamment l’asservissement qu’il instaure chez chacun d’entre nous. Mon souhait et que nous lui redonnions la vrai place qu’il mérite, celle d’un formidable moyen de communication permettant d’abolir les distances, ainsi qu’une renaissance de l’art de la correspondance (non au langage SMS) !

 (1) Ce rempart que l’on retrouve d’ailleurs pour expliquer le succès du chat et des forums de discussion, car il permet d’exprimer ses opinions de manière distante et impersonnelle.

 

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