Le téléphone portable : futur station multimédia ?

Publié le par Nicolas Pougnet

Une révolution en marche

 En 5 ans, le monde du mobile a été radicalement bouleversé. Pour vous en convaincre, il suffit de ressortir un « vieux » téléphone datant de 2000, pour comprendre son anachronisme aujourd’hui.

Ecran monochrome avec au maximum 3 lignes d’écriture, autonomie de 2 minutes en appel, design aspect plastique et gris, etc.

Aujourd’hui, un mobile milieu de gamme offre un écran 65.000 couleurs, un appareil photo 1,3 Mo pixels, un lecteur MP3, une capacité mémoire de 100 Mo avec extension flash ainsi qu’une autonomie bien supérieure en batterie.

Les mobiles équipés de processeurs informatiques tendent à suivre la loi de Moore (1), et deviennent de véritables PC de poche, ouvrant ainsi le champ des possibles.

Un outil controversé

Si le mobile est considéré aujourd’hui comme un outil indispensable de la vie courante (la panne générale du réseau Bouygues en novembre 2004 l’a démontré au regard des vives réactions suscitées), son rôle engendre nombre de controverses. Intrusif, désocialisant, perturbant l’ordre public (2), le mobile occupe une place à part dans le monde de la communication, sans parler du débat sur les effets nocifs des ondes GSM.

A contrario, son utilité dans l’entreprise n’est plus à démontrer, quand il s’agit de mesurer les gains de productivité générés, ou la possibilité de joindre un collaborateur pendant ses congés.

Cette suppression de la barrière travail-domicile bénéficie également au salarié qui peut ainsi mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle par le télétravail, et gagner sur ses temps de transport.

Quels nouveaux usages ?

Il est indéniable que de profondes habitudes vont progressivement évoluer chez le consommateur via cette mobilité intelligente.

Une des évolutions majeures concerne la télévision (qui n’en a pas  vraiment connu depuis la couleur et la numérisation), avec, à mon sens, 2 grands progrès :

1) La vidéo à la demande : le client n’est plus passif devant le programme, mais choisit ce qu’il veut voir à la carte. Les offres actuelles, limitées, chères et de mauvaise qualité ne permettent pas de concurrencer l’offre thématique actuelle.

2) La télévision mobile : de même que la téléphonie fixe a été supplantée par le mobile, l’avenir de la télévision est dans sa transportabilité. La généralisation passera par l’arbitrage technologique entre la diffusion via la TNT (broadcast) ou via les réseaux des opérateurs mobiles (3).

La deuxième évolution concerne le commerce électronique par le mobile (appelé M-commerce) qui après des débuts chaotiques, pourrait rencontrer un certain succès, avec pour exemple les Estoniens, qui payent leur baguette via leur mobile. Une expérimentation faite à Issy-les-Moulineaux, pour payer son parking via SMS a également rencontré un certain succès. Reste à convaincre une clientèle habituée au paiement par carte bancaire et dont les réflexes monétiques la rendent difficilement perméable aux nouveautés (un parallèle avec la carte Monéo me vient à l’esprit).

La dernière grande évolution concerne la consommation de médias type musique ou images, qui connaît une forte croissance en intégrant divers lecteurs permettant à chacun de réunir plusieurs fonctionnalités sur un même terminal (au lieu de transporter un appareil photo numérique et un i-pod). La valeur ajoutée est moins importante dans ce cas, car le téléphone ne fait que se substituer à des appareils souvent plus perfectionnés et performants.

Pour finir, je parlerai un peu de la navigation Internet mobile (wap ou i-mode), qui n’offre pas le même confort d’utilisation qu’un ordinateur connecté à l’ADSL, (la souris étant le prolongement de la main permettant de se balader sur le net), ni le même débit, rendant ainsi la navigation lente et laborieuse. Sans parler de la saine concurrence des développeurs sur le web, et qui n’existe pas dans le monde du mobile (excepté i-mode), ce qui limite considérablement le choix de l’Internaute qui ne peut choisir que des sites validés par l’opérateur. Cette non-concurrence induit souvent des coûts cachés : paiement à l’acte pour une sonnerie, abonnement aux services "guide des restaurants", etc. Seuls les services de personnalisation du mobile et le chat connaissent un petit succès chez les jeunes très friands de ce genre de services.

J’allais oublier la visiophonie, resservie à toute les sauces depuis des années, et qui sert seulement à justifier le tarif des nouveaux abonnements voix de 3° génération. Je doute de l’intérêt de cette application pour le grand public, sauf si cette option est désactivable (un peu comme le choix de la présentation du numéro) et surtout si elle n’induit pas de surcoût par rapport aux communications voix normales.

Conclusion

Une étude Sofres récente montre que les clients changent en moyenne de mobile tous les 20 mois (1 an pour les moins de 25 ans). Cette frénésie s’explique par l’évolution incroyable des téléphones ces dernières années et leurs fonctionnalités toujours plus complètes.

Le mobile est passé d’un outil de télécommunication à une véritable plate-forme multimédia de divertissements. La convergence des médias (télévision, Internet) et des contenus annoncés dans les années « bulle Internet », commence à devenir une réalité comme le montrent les coopérations sur la TNT (France Telecom, TPS et Bouygues) ou encore la joint-venture entre Jet multimédia et TF1 pour développer des services pour téléphone portable.

Tout un programme !

  

(1)   Dans les années 60, Gordon Moore (ex pdg d’Intel de 1975 à 1987) a émis une hypothèse sur la croissance exponentielle de la puissance des ordinateurs associée à une baisse des coûts de production qui s’est vérifiée sur les 40 dernières années. Toutefois, elle se heurte aujourd’hui à la miniaturisation extrême des composants qui atteint la limite de la physique quantique.

(2)   De nouveaux phénomènes sont apparus tel que le « happy slapping » consistant à préméditer des agressions pour les filmer sur son mobile, ou encore les réunions spontanées d’une communauté sur un lieu public, prévenue au dernier moment par SMS.

(3)   Les opérateurs cherchent évidemment à transporter la télévision sur leur réseau UMTS, même si la TNT paraît plus prometteuse en terme de qualité d’image.

 

 

 

Commenter cet article